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LE PERIODIQUE JEUNE AFRIQUE - L’INTELLIGENT 

Août 2002


MONSIEUR LE DIRECTEUR DU PERIODIQUE
57 BIS RUE D’AUTEUIL – 75016 – PARIS-

Après avoir parcouru plusieurs articles de votre périodique consacré au 40ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, je vous félicite pour sa présentation et son illustration. J’ai cependant relevé sur quelques points certaines erreurs que je vous saurai gré de bien vouloir corriger.

1-Dans l’article Des carthaginois au pieds-noirs, (p.16), l’auteur Jean Hureau écrit : « En 632, dans les sables de la lointaine Arabie, meurt un obscur berger devenu Prophète par la grâce de Dieu ». Je me demande si cet auteur est versé en islamologie et s’il a quelque connaissance du Prophète Muhammad.

Dans sa jeunesse, il a été pasteur, il est vrai, comme d’autres Prophètes bibliques, mais on ne voit pas ce qu’il a d’obscur. Avant même que débute sa prédication, il était connu et estimé à la Mecque, notamment pour son intégrité et son comportement irréprochable. On l’appelait Al-Amîne (l’homme digne de confiance). Il appartenait à l’aristocratie mecquoise de la tribu de Qoraych. Après une vie des plus remplies, il meurt non « dans les sables de la lointaine Arabie » mais à Médine, seconde ville sainte de l’Islâm depuis lors.

Il est curieux que ce personnage historique exceptionnel pour les musulmans ne soit évoqué que par la date de sa mort, sans indication de la date de sa naissance, ni par le message dont il était porteur ni par les actions qu’il a menées. La plupart des spécialistes qui se sont occupés de sa vie et de son œuvre reconnaissent au Prophète Muhammad une personnalité hors pair. Meneur d’hommes, il a su convaincre les polythéistes de son temps et les gagner à son message qui a très vite embrassé toute l’Arabie, puis d’autres contrées. A ceux qui ont cherché à diminuer son importance, Napoléon Ier a répondu de son exil : « Seul un être exceptionnel a pu marquer comme lui le cours de l’histoire ».

2-A propos de la conquête et de la résistance, plusieurs soulèvements ne sont pas mentionnés tels que ceux de Zaâtcha, des Oulad Sidi Cheikh, ou de Sidi Bouamama ; l’Emir Abd-el-Kader est à peine cité, malgré sa longue résistance. Il est vrai que « L’histoire véridique et complète de la conquête de l’Algérie par la France reste largement à écrire » (p.19). Des historiens français comme Charles-André Julien et Charles-Robert Ageron ou Algériens comme Mohamed Chérif Sahli, Mostafa Lacheraf, le Dr Saadallah, Mohamed Harbi…ont défriché en grande partie le terrain. D’autres peuvent continuer à « décoloniser l’histoire ».

3-Une petite page est réservée à l’Emir Abd-el-Kader sous la plume de Chérif Ouazani (p.20). On y lit curieusement qu’il est « tombé dans une embuscade en 1847 » ! C’est là une contre-vérité manifeste que ne corrobore aucun document historique. L’Emir a négocié son exil vers l’Orient avec le général Lamoricière et le duc d’Aumale, fils du roi alors gouverneur général de l’Algérie. Le gouvernement français a confirmé l’accord. Mais la monarchie de Louis-Philipe a été renversée et la IIe République qui lui a succédé a gardé l’Emir prisonnier. Libéré par Napoléon III, il a choisi de se fixer à Damas et n’a pas été «banni », comme le dit Chérif Ouazani.
Quant aux échanges épistolaires avec les francs-maçons, il s’agit à peine de quelques lettres en réponse à celles de la Loge de Paris. On peut à ce sujet se référer à l’étude de M.C.Sahli, L’Emir Abd-el-Kader- mythes français et réalités algériennes (Alger, 1988) et à notre ouvrage, L’Emir Abd-el-Kader, résistant et humaniste (Alger, 2000). La carte (p.21) comporte aussi des inexactitudes :« la bataille de l’Habra » n’existe pas. Il s’agit de la bataille de la Macta (juin 1835) et non de la Macca !
Ces remarques faites, il reste que votre effort et celui de l’Agence Nationale d’Edition et de Publicité (ANEP, Alger) méritent d’être soulignés. Le public peut ainsi découvrir bien des aspects de l’histoire de notre pays, des origines à nos jours.

Alger le, 4 août 2002.
Dr Bouamrane Cheikh
Universitaire et écrivain, Alger.

N.B. Quelques repères bibliographiques
A.Sur le Prophète de l’Islâm :
1-Arnaldez (R), Mahomet, édit.Seghers, Paris.
2-Dermenghem (E), Mahomet et la tradition islamique, collection Maîtres spirituels,
édit. du seuil, Paris.
3-Dictionnaire des religions (collectif), P.U.F, Paris, 1984, pp.1155-1156.
4-Dictionnaire historique de l’Islâm (Sourdel J.et D.), P.U.F, Paris, 1996, pp.594-597.
5-Hamidullah (M.), Le Prophète de l’Islâm, 2 vol, Paris.
6-Le Petit Robert des noms propres, Paris, 1996, pp.1284-1285.

B.Sur l’Emir Abd-el-Kader :
1-Azan (P.), Abdelkader, édit.Hachète, Paris, 1925.
2-Bouamrane (Ch), L’Emir Abd-el-Kader, résistant et humaniste, édit.Hammouda,
Alger, 2000.
3-Churchill (Ch.H.), La vie d’Abdelkader, trad.M.Hubart, edit.SNED, Alger, 1971.
4-Dïnesen (A.W.), Abdelkader et les relations des Français avec les Arabes d’Afrique
du Nord, coédition ANEP-Fondation Emir Abd-el-Kader, Alger, 2000.
5-Sahli (M.Ch.), L’Emir Abdelkader-mythes français et réalités algériennes, édit.
ENAP, Alger, 1988.