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INTERVIEW DU PRESIDENT DU HCI AU QUOTIDIEN D'ORAN

Le 26 mars 2002


A l'occasion de la tenue à Alger du séminaire international sur "la compréhension entre les grandes écoles en Islâm", le Président du Haut Conseil Islamique, le Dr Bouamrane Cheikh, a accordé un entretien au journal Le Quotidien d'Oran, paru le 31 mars 2002, sur le thème :

L'intellectuel et le pouvoir (extraits)
Quand on est intellectuel de renom et qu'on a associé son nom à des moments forts de l'histoire immédiate du pays, quand on est un homme fondamentalement honnête…, quand on est un homme de culture et quand on est pris dans les rênes du pouvoir, d'un côté, et dans ceux, du Président du Haut Conseil Islamique de l'autre, que fait-on ? Comment peut-on gérer tout cela ?

- Le Quotidien d'ORAN : - M. le Président, quels étaient les objectifs de ce colloque ?

- Dr. Bouamrane Cheikh: -Comme indiqué dans l'intitulé du colloque, il s'agit, en premier, d'unifier les concepts du fiqh, afin de lever les ambiguïtés, les malentendus et, partant, l'incompréhension qui divise les musulmans des différentes écoles. En second lieu, ce colloque veut apporter des clarifications destinées aux orientalistes… et aux journalistes… Pour l'exemple, je prends le concept de djihâd, qui est traduit par "guerre sainte". Or dans la littérature musulmane, le terme a deux acceptations : le djihâd mineur, qui consiste en la défense de sa vie, de son honneur, de ses biens, de sa communauté ou de sa patrie, et le djihâd majeur, qui consiste en une lutte de tous les jours contre ses propres instincts et ses penchants vers le mal. Nul ne peut se prévaloir du djihad au sens de l'Islâm, en dehors de ces deux sens.

-Q.O: - Cela suppose une médiatisation internationale importante…

-B.C: -Oui ; nous avons l'intention d'utiliser les moyens dont la presse, la télévision, les radios et autres pour que notre message puisse atteindre tous ses destinataires. En outre, tout comme l'Occident a demandé à certains pays musulmans de revoir la terminologie de leur identification dans les manuels scolaires, nous demanderons aussi aux pays de l'Occident de revoir l'image de l'Islâm et des musulmans que suggèrent leurs manuels, qui est héritée de l'époque des croisades.

-Q.O: -Qu'en est-il du dialogue des civilisations, des religions ?

-B.C: - Il ne peut y avoir de véritable dialogue qu'une fois les conditions que je viens de citer seront réunies. A ce moment-là, tous les dialogues sont possibles. Pendant 30 ans, l'UNESCO a parrainé le dialogue Nord-Sud. Mais nous nous sommes rendu compte de la vanité d'une telle démarche, tant les préjugés étaient enracinés…Les débats étaient soigneusement restreints aux approches théoriques. Aujourd'hui, ce colloque se tient après le 11 septembre qui a vu une exacerbation des agressions verbales contre l'Islâm.

-Q.O: - Justement, ne sommes-nous pas tenus, du fait du 11 septembre, de nous déterminer plus clairement en matière des droits de l'homme et de la citoyenneté ?

-B.C: - La citoyenneté ? C'est un produit de la révolution française et de la guerre d'indépendance américaine. Ce sont les chevaux de Troie de l'Occident. Quand la France produit le code de l'indigénat qui est la négation des droits de l'homme, elle n'a plus aucune leçon d'humanisme à donner...Ne parlons pas du code des Noirs, adopté au lendemain de la Révolution de 1789 et resté secret.

-Q.O: - Nous parlons de l'organisation musulmane, indépendamment de ce que fait ou ne fait pas l'Occident, pour une citoyenneté et des droits de l'homme conformes à notre vision du monde.

-B.C: - Je ne peux parler qu'en terme de communauté, une communauté musulmane qui va de l'Indonésie au Maroc et qui est dans une dynamique de village planétaire. Nous ne pouvons pas nous enfermer, seuls entre nous.

-Q.O: - Une communauté dont les peuples sont gouvernés par des régimes totalitaires, dont la plupart s'appuient sur une certaine interprétation de la religion pour asseoir leur légitimité, leur pérennité…

-B.C: - Ça, c'est de la politique et dans ce colloque, nous évitons, pour des raisons évidentes de cohésion, d'évoquer les questions politiques.

Propos recueillis par M.H. Ghezali
journaliste-Quotidien d'Oran