Entretien du
Président du Haut Conseil Islamique
avec "El
Watan"
quotidien d’Alger
Q1/ En tant que président d'une institution versée dans les études
islamiques, quel commentaire faites vous des informations faisant état
d'une compagne soutenue d'évangilisation des jeunes Algériens notamment au
sud du pays ? Y'a-t-il vraiment de quoi s'inquiéter ?
R1. Cette campagne d’évangélisation dont notre pays est l’objet n’est pas
la première ni la dernière. Tout au long de l’histoire de l’Islâm, les
représentants du Christianisme ont voulu freiner, d’une façon ou d’une
autre, la progression de l’Islâm et sa propagation partout dans le
monde, surtout dans les contrées où le Christianisme était présent.
Chez nous par exemple, les tentatives d’évangélisation n’ont jamais cessé
depuis que l’Islâm a pris pied sur cette terre, en gagnant le cœur de ses
habitants. Entre le douzième et le treizième siècle, le philosophe
orientaliste Raymond Lulle est venu en Algérie, plus précisément à Béjaïa,
dans le but d’évangéliser ses habitants et chercher le martyr. Prêchant
sur la place centrale de la ville hafside, à l’époque, il insulta le
Prophète (qsssl) et dénigra l’Islâm. Les habitants de Béjaïa s’apprêtaient
à le molester, lorsque le mufti de la ville, averti, le reçut et eut une
discussion avec lui. A la fin, il fut placé sur un bateau et renvoyé chez
lui. Quelques siècles plus tard, à la suite de la reconquête de
l’Andalousie, le cardinal Ximenez, l’un des chefs de l’inquisition, s’est
emparé d’Oran où il plaça la croix sur le minaret de la grande mosquée
pour annoncer le début de la christianisation de l’Algérie. Lors de
l’occupation française d’Algérie, le général de Bourmont s’adressa à ses
aumôniers militaires en ces termes : « Vous venez de rouvrir avec nous la
porte du Christianisme en Afrique. Espérons qu’il y viendra bientôt faire
refleurir la civilisation qui s’y est éteinte ». Témoignage de l’abbé
Dobigez dans son livre Souvenirs de l’Algérie, (éditions Béthune, Paris
1840, p164-166). Le rôle que joua durant la colonisation le cardinal
Lavigerie pour évangéliser nos compatriotes, pendant les années de famine,
est connu de tous. Comme vous le constatez à travers ces campagnes
d’évangélisation, certains chrétiens regardent l’Islâm comme un rival
alors qu’il est venu compléter les religions qui l’ont précédé.
Q2/ Les missionnaires catholiques et autres évangilistes ont ils le droit
de propager leurs religions en Algérie dans le cadre de la loi ?
R2. Les chrétiens qui vivent parmi nous ont le droit de pratiquer leur
culte en toute liberté sans que personne ne se mêle de leurs affaires.
L’Islâm reconnaît les religions du Livre et leur garantit le droit de
pratiquer leur culte. Il déclare : « Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait
de vous une seule communauté. Mais Il a voulu vous éprouver par le don
qu’Il vous a fait. Cherchez à vous surpasser les uns les autres dans les
bonnes actions. Votre retour à tous se fera vers Dieu. Il vous éclairera
alors au sujet de vos différences ». (S.5, v.48). Le Prophète (qsssl) a
dit de son côté : « Celui qui maltraite un homme appartenant à une
religion des gens du Livre m’aura comme adversaire le jour de la
résurrection ». Mais l’Islâm ne peut accepter que des gens viennent chez
lui et insultent notre Prophète et notre foi, en usant de dénigrement et
de diffamation, profitant de la détresse sociale de certains jeunes pour
les convertir, promettant en contre partie visas et autres avantages
matériels. C’est pourquoi nous avons proposé avec d’autres institutions de
l’Etat que des mesures soient prises pourr organise les cultes non
musulmans dans notre pays. Cette loi est entrée en vigueur ; elle protège
les chrétiens qui veulent vivre leur foi d’une façon sereine et met un
terme aux activités illégales des évangélistes néo-conservateurs qui ont
le vent en poupe depuis l’arrivée d’une administration américaine de cette
tendance.
Q3/ Où ce situe la limite entre la liberté de conscience consacrée par la
constitution Algérienne et le prosélytisme sous toutes ses manifestations
?
R3. La limite, c’est celle du respect de l’autre, en s’abstenant de
s’immiscer dans sa religion et de la dénigrer.
Q4/ Certains membres - des Algériens convertis - d'associations d'églises
dûment agrées par les autorités se plaignent d'être quasiment persécutés
dans leur pratiques religieuses.Ont- ils le droit de pratiquer librement
leurs nouveaux cultes ?
R4. Nous n’avons aucune information faisant état d’une quelconque
persécution dont seraient l’objet des néo convertis au Christianisme,
alors que des musulmans vivant à l’étranger ont des problèmes, comme celui
du voile notamment. Ils sont souvent l’objet de procès d’intention,
suspectés et exclus de leur travail, comme cela a été le cas à Roissy
(France). Ils éprouvent des difficultés pour bâtir des mosquées, en
Italie, en Suisse, en Espagne, en France, en Allemagne, au Danemark, en
Roumanie, en Grèce...
Q5/ La notion "d'Erida"(hérésie)
est-elle applicable à ces nouveaux convertis ?
R5. L’Islâm déclare qu’il n’y a pas de contrainte en matière de religion
(Coran, s2, v256). Chacun est libre de croire ou de ne pas croire, mais le
respect de l’autre et de ses convictions doit être la règle de conduite.
L’Islâm nous dit : Ne discutez avec les gens du Livre que de la manière la
plus courtoise. (S29, v46). Le Prophète (qsssl) nous recommande aussi de
ne pas nous mêler des affaires des gens du Livre et de leur dire seulement
: Nous croyons en ce qui vous a été révélé et en ce qui nous a été révélé
». Nous attendons des autres religions un comportement réciproque.
Q6/Quelle est, de votre point
de vue, la meilleur façon de contrer ces compagnes de prosélytisme
si tant est qu'elles aient véritablement pris une ampleur phénomènale ?
R6. Le prosélytisme est condamnable parce qu’il repose sur le dénigrement
de l’autre. La liberté de conscience n’autorise pas ce dénigrement. Pour
combattre ce phénomène, il est nécessaire de le combattre par la loi qui
s’applique à tous.
Q7/ Vous présidez une institution scientifique, ne pensez vous pas qu'il
faille entreprendre un effort d'éxégese dans ce domaine pour éviter les
interprétations extrémistes voire politiciennes de l'Islam ?
R7. Il est évident que nos savants, nos professeurs et nos imams sont
appelés à présenter l’Islâm d’une façon pédagogique, en le montrant
tolérant, pacifique et ouvert au dialogue courtois, tel qu’il est
réellement. C’est un message spirituel qui apporte à ses adeptes une vie
morale d’équilibre, de sérénité et de solidarité active à l’égard des
démunis et des persécutés.
Q8/ Salafisme, Wahabisme, chiisme, et maintenant christianisme. Les
Algériens sont-ils malades de leur religion au point de tenter tous les "Isme"
y comrpris le terrorisme ?
R8. L’extrémisme existe dans les trois religions révélées, lorsqu’elles
sont mal interprétées. Mais il est le fait de minorités. Il convient de le
combattre par l’éducation et la tolérance ; s’il s’étend, on doit le
dénoncer et prendre des mesures pour le réduire par des dispositions
légales.
Alger le 04/02/2008