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Entretien du Président du Haut Conseil Islamique avec le quotidien « le Soir d’Algérie »
Q1 . La question des fatwas en Algérie est à l’ordre du jour .On sait que le Haut Conseil Islamique est habilité à émettre des fatwas sur demande du Président de la République. De quelles fatwas s’agit- il ? R. Sur cette question de fatwas, il convient de distinguer deux sortes de consultations : - Les fatwas ordinaires qui portent sur des questions déjà fixées dans les manuels de fikh depuis des siècles. Ces fatwas peuvent être émises par tout imâm,prédicateur ou professeur,qui a reçu une formation suffisante dans les études islamiques,c’est-à- dire qu’il connaît à fond le fikh malikite et les autres écoles du droit musulman. Il doit être connu pour sa piété et son comportement irréprochable dans ses relations avec autrui et enfin il doit posséder une culture générale ouverte sur le monde actuel. - Quant aux grandes fatwas relatives aux problèmes qui se posent aujourd’hui sur des questions cruciales comme la greffe d’organes, le viol des femmes pendant la période de violence que nous avons connue…, il s’agit là non de fatwas individuelles mais de fatwas collégiales qui demandent un effort d’ijtihâd particulièrement qualifié. Une telle qualification n’appartient ni aux islamologues courants,ni à certains orientalistes dont les thèses sont connues. Elle appartient plutôt aux savants de l’Islâm reconnus par la majorité des musulmans dans le monde. Q2. Mme Leila Aslaoui a critiqué dernièrement le Haut Conseil Islamique qui privilégie ,selon elle,l’appel à des savants des pays arabes et notamment égyptiens, aux dépens de spécialistes algériens. Que pensez-vous de ces propos ? R. Mme Aslaoui, à notre grande surprise, a voulu se faire passer pour islamologue. Elle nous fait penser à un personnage de La Bruyère,Arias, : « Arias a tout lu,a tout vu,c’est un homme universel » (c.f,La Bruyère,Les Caractères).En effet, elle prétend donner des conseils au HCI qui compte pourtant en son sein des savants éminents, choisis en raison de leur compétence et de leurs écrits ; elle va jusqu’à lui suggérer de faire appel exclusivement à des islamologues algériens vivant à l’étranger, refusant tout appel aux savants des pays musulmans, notamment aux docteurs égyptiens. A-t-elle un problème avec les experts de ce pays ? Chacun sait cependant qu’Al-Azhar est une référence religieuse pour le monde musulman depuis des siècles. Mme Aslaoui s’est permis de nous donner des conseils sans être qualifiée pour cela .A notre tour,nous pouvons lui donner un conseil :qu’elle cesse d’accuser tout le monde à tort et à travers,qu’elle s’arme de sérénité et de discernement autant que faire se peut.. Q3. Où en est le projet de Dâr al- iftâ ? R. Le projet de Dâr al - iftâ date de plusieurs années. Déjà, du temps de mon regretté prédécesseur le Dr Abdelmajid Méziane, ce projet a fait l’objet de réserves. Par la suite, Le Chef du gouvernement de l’époque (2002) a demandé l’avis du HCI. Ce dernier s’est réuni et a formulé des réserves sur trois points essentiels : le statut du mufti,les structures que le projet veut lui donner et l’autorité de tutelle dont il doit relever. - En premier lieu, le statut du mufti doit être clairement défini pour éviter toute confusion entre ses attributions et celles du Ministère des affaires religieuses d’une part, celles du Haut conseil Islamique d’autre part. - En second lieu,les structures proposées dans le projet sont tellement lourdes qu’elles se substituent pratiquement à celles des autres institutions, à savoir le Ministère des affaires religieuses et le Haut Conseil Islamique. - Enfin, l’autorité de tutelle n’est pas précisée. Est-ce le Ministère des affaires religieuses ? Est-ce le Chef du gouvernement ?est-ce le Président de la République ? Le Haut Conseil Islamique a préconisé le Ministère des affaires religieuses comme tutelle,du fait qu’il gère les mosquées et les imâms avec lesquels le futur mufti doit nécessairement collaborer. Par ailleurs, la presse nous apprend que prés de 300 demandes de fatwas parviennent chaque jour au Ministère des affaires religieuses. Il nous parait plus pratique de faire adresser ces demandes au directeur des affaires religieuses de chaque wilaya qui les répartit entre les imâms compétents de sa wilaya. En d’autres termes, Il s’agit de décentraliser ces demandes de fatwas vers les différentes wilayas. En cas de conflit entre les wilayas dans le domaine de l’iftâ ,le mufti doit arbitrer et trancher en définitive. Q4. Quel poids ont les recommandations émises par le Haut Conseil Islamique depuis 1998, date de sa création ?Sont- elles prises en considération par les pouvoirs publics ? R. Les recommandations du Haut Conseil Islamique sont régulièrement transmises au Président de la République. Il lui appartient de décider de leur opportunité et de leur pertinence. S’il l’estime nécessaire, il leur donne la suite qui convient. A titre d’exemple nos propositions sur l’activité évangéliste dans certains points du territoire,ont été bien accueillies et suivies d’effet, ce qui a donné lieu à la promulgation de l’ordonnance no 06- 03 du29 moharram1427 correspondant au 28 février2006,fixant les conditions et règles d’exercice des cultes autres que musulman.
Propos recueillis par Z.M
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