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Haut Conseil Islamique - Alger

 

L’islamophobie se développe

 

  

Nous assistons à la naissance d’une nouvelle classe d’hommes de lettres, partisans de l’islamophobie savante dont l’un des chefs de file n’est autre que le Professeur Gouguenhaim, auteur d’Aristote au Mont Saint Michel. Nous n’avons pas l’intention de lui répliquer. C’est déjà fait par des savants indignés par son livre. Nous le mentionnons simplement parce qu’il veut faire école. Quelques disciples ont commencé à appliquer sa méthode avec plus ou moins de bonheur. L’objet de notre article vise l’éditorial du magazine Books qui annonce sur la page de couverture, en caractères gras, l’étude d’un dossier intitulé L’énigme du Coran. Son éditorial fait l’objet de notre examen. L’éditorial par définition indique l’orientation de la revue.

 

Celui du magazine s’ouvre en effet sur une affirmation inexacte. Il prétend que «Mahomet serait surpris d’apprendre que les trois principales communautés musulmanes ne sont pas arabes ! ». Elles vivent plutôt loin de l’Arabie, en Indonésie, au Pakistan en Inde… Les musulmans affirment que le Prophète ne serait pas surpris pour deux raisons : d’une part, la religion qu’il prêchait, de par son caractère universel ne s’adressait pas exclusivement aux Arabes, mais à tous les habitants de la terre ; d’autre part, le Prophète a été averti à temps du développement extraordinaire du nombre des adeptes de l’Islâm devenu « universel ». Des versets coraniques en font foi : Coran (S.110, v.1-3) : « Lorsque viennent le secours de Dieu et la victoire, que tu vois les gens entrer en masse dans la religion de Dieu, célèbre les louanges de ton Seigneur et demande-lui pardon. En vérité, Dieu aime pardonner ».   

 

Dans l’éditorial, l’auteur utilise une méthode dont le moins qu’on puisse en dire est qu’elle est inadéquate. Elle avance d’abord une vérité historique incontestable et ajoute des affirmations gratuites. Le dénigrement est évident et va à l’encontre de la vérité. Pour illustrer ce fait, une première vérité apparaît : « Ce qui unit cet océan humain (un milliard cinq cent dix millions de musulmans dans le monde) c’est d’abord la référence à un livre, le Coran ; puis, il ajoute sans justification : « Révélé au mystérieux Mahomet à un moment obscur de la péninsule arabique ! ». Pourquoi notre Prophète serait-il mystérieux !

 

En effet, il a vécu dans une période connue de l’histoire. Ses biographies ont mis en lumière sa vie dans ses moindres détails. Aucun de ses compagnons attachés à sa personne, ne l’a traité de la sorte.  

 

A cette époque, l’histoire de la péninsule arabique n’avait rien d’obscur. Elle a constitué un lieu de passage. Elle était parcourue par de nombreuses caravanes. Deux régions de l’Arabie émergent particulièrement : le Yemen, terre de vieille civilisation, et le Hijâz dont la Mecque a toujours été un lieu sacré de pèlerinage. Une seconde cité, Médine, a surgi dans l’histoire à la suite de l’émigration du Prophète et a joué un rôle éminent dans le triomphe de la religion musulmane.

 

Plus loin, l’éditorialiste apporte un autre éclairage que nous reproduisons intégralement :« Depuis les premiers siècles après la mort de Mahomet, des intellectuels musulmans ont mis en garde contre le risque de céder à la tentation d’une interprétation littérale du texte sacré ». Cette interprétation serre de très près le texte en suivant le texte mot pour mot. Une telle mise en garde est d’autant plus utile vraie que le musulman éclairé sait que les versets du Coran, notamment ceux ayant une portée sociale, économique ou juridique, ont été révélés à la suite d’évènements importants vécus par communauté musulmane. Sans la connaissance de ces évènements, il est difficile de comprendre le texte sacré.

 

Pour L’éditorialiste, l’interprétation littérale a un sens moderne. Il s’agit dit-il d’une mise en garde contre les risques du fondamentalisme » ! Le fondamentalisme risque de conduire à la fermeture de l’esprit. Mais il est dangereux de vouloir relativiser le texte révélé. Une telle thèse peut provoquer un choc dans la communauté musulmane. L’auteur a jugé prudent de s’abriter derrière ceux qui se disent les nouveaux penseurs de l’Islâm. Les critiques avancées dans notre article suffisent pour confondre le magazine auprès des lecteurs éclairés. Ils ont intérêt à consulter l’ouvrage collectif intitulé les Grecs, les Arabes et nous, édit Fayard, qui répond à de telles contre-vérités et dont nous conseillons la lecture.

 

Alger, le 08/04/2010

 

 

                                                            Pr. Djidjelli Med